Pensées & Opinions

Un blog à l'ancienne, quoi.

Idées, opinions, perspectives, des articles de blog sur tout ce qui m’intéresse.

Scrivener minimaliste

💡Note: l’article original (2013) a été mis à jour avec des captures d’écran récentes.

Au fil des ans, Scrivener est devenu mon outil de prédilection dès qu’il s’agit de coucher des mots « sur le papier ». Pour être plus précis, si je ne suis pas sur l’un de mes ordinateurs mobiles (comprendre: iPad ou iPhone) et que ce que j’écris va dépasser la centaine de mots, cela va se passer dans Scrivener.

Organiser et réorganiser mes textes, lister et stocker des idées, conserver mes recherches (et les rendre accessibles, trouvables en trois clics, exportables), depuis la liste des articles pour le blog jusqu’aux romans de plus de 120,000 mots, tout passe maintenant par cet outil, qui rend simplement la vie d’auteur plus facile.

Se concentrer sur ses idées

J’ai aussi appris à apprécier un environnement minimaliste pour me concentrer sur mes idées et mon texte, et réduire le risque d’être distrait par une interface complexe, des couleurs vives, ou de passer mon temps à peaufiner les réglages de l’interface.

Le succès de logiciels comme ByWord ou iAWriter, qui sont des traitements de textes dépouillés (au bon sens du terme) est compréhensible de ce point de vue. Je les utilise d’ailleurs souvent pour des textes courts.

Mais je reviens vers Scrivener dès qu’il s’agit d’organiser mon texte, d’avoir des références sous les yeux, ou d’avoir la structure complète d’un projet plus complexe directement à l’écran, dans le même outil d’écriture qui me permet de travailler mes idées.

Scrivener, un outil d’écriture très complet

Seulement voilà: Scrivener peut aussi s’avérer très complet et complexe (pour être juste, si l’utilisateur le veut !)

L’intérêt de Scrivener n’est plus à démontrer (peut être fera-t-il le sujet d’un nouvel article plus généraliste), mais dans cet environnement complet, comment puis-je retrouver ce côté minimaliste qui me permettra de rester concentré sur mon histoire, et de transférer ce que j’ai dans la tête vers mon fichier texte ?

Unclutter

Unclutter, que l’on pourrait traduire librement par simplifier.

Scrivener propose une première solution simple, probablement initiée par ByWord: le mode composition (chez ByWord, on parlerait de plein écran).

On peut l’activer soit par le menu View > Enter Composition Mode, soit par le raccourci clavier ALT-⌘-F.

Ici, tout est personnalisable.

À commencer par la police. Personnellement, je préfère écrire en police à espacement fixe, et je suis tombé en amour devant la police utilisée dans iAWriter : Nitti Light, aussi l’ai-je installée dans les paramètres par défaut.

Modifier la fonte d’affichage du mode d’édition reste simple: il suffit de faire un petit tour par les préférences de Scrivener, sous l’onglet Formatting, puis sur le A qui symbolise le choix des polices.

Là, la fenêtre système de choix de police s’affiche. Il ne reste qu’à choisir la fonte, la taille, éventuellement la couleur si vous souhaitez la modifier.

Le reste des options est accessible directement depuis le mode composition. Si je glisse ma souris vers le bas, une barre de contrôle apparait.

Tout est réglable, avec, dans l’ordre, le zoom, la position de la page, la largeur de celle-ci, et même l’opacité du fond. Vous noterez aussi le mode machine à écrire et le mode focus qui permet de choisir de baisser l’opacité de tout ce qui n’est pas votre phrase, ou votre ligne, ou le paragraphe entier.

Se situer dans la structure d’un texte

Sur des textes plus longs, j’ai souvent besoin de faire référence à des points situés plus tôt dans l’histoire, ou encore de situer la scène dans la structure du document complet. La magie de Scrivener opère, et je peux facilement accéder à ces outils que sont le Binder ou l’Inspecteur (avec ses notes et ses options) en un coup d’œil.

Mais la barre d’outils, avec ses icônes colorées, la barre de mise en forme du texte ou bien même le Binder avec ses onglets vifs peuvent vraiment être une source de distraction.

Enlever ce dont on n’a pas besoin

C’est aussi la force de cet outil: on peut en faire ce que l’on veut. Aussi, virons tout ce dont nous n’avons pas besoin !

Ma police de travail, sa taille et sa couleur ont déjà été choisies dans les préférences. Je n’ai donc pas besoin de la barre de mise en forme, surtout que celle de mon texte de sortie peut être complètement différente (et ce sera le sujet d’un prochain article).

⇧-⌘-R ou le menu Présentation > Edition du texte > Masquer la barre de mise en forme permet de cacher (ou montrer) la barre de mise en forme.

Tant qu’on y est, je n’ai pas besoin non plus de la règle : ⌘-R ou le menu juste à côté, et voilà.

Et puis masquons ou affichons le Binder et l’Inspector à la demande :

  • ⌥-⌘-B pour cacher ou afficher le Binder
  • ⌥-⌘-I pour cacher ou afficher l’Inspector

Interface minimaliste

Voilà, j’ai donc une interface minimaliste, me permettant de me concentrer sur mon texte, mes idées, ou mon histoire.

Et avec un ou deux raccourcis clavier, je peux voir où j’en suis dans mon histoire par exemple en affichant le Binder , ou encore les notes associées à ce chapitre particulier, en affichant l’inspecteur.

C’est le meilleur des deux mondes: la simplicité d’un outil de saisie à la ByWord ou iAWriter, et les boites à outils de l’auteur fournies par Scrivener à portée de raccourcis clavier.

Migration sur Mastodon, un sentiment de liberté.

J’ai retrouvé trace de ma première inscription sur une instance Mastodon grâce à mon gestionnaire de mots de passe. C’était en avril 2017, et à l’époque, passé l’attrait de la nouveauté, je m’étais désintéressé de la plateforme en quelques semaines. Il faut dire qu’il y avait beaucoup moins d’utilisateurs, et qu’à l’époque, un bon filtrage de ma timeline Twitter me permettait d’éviter les dérives droitisantes et plus globalement tout ce qu’il y avait de plus négatif sur le réseau de l’oiseau bleu.

Surtout, je n’avais pas compris l’intérêt du Fediverse.

Fast Forward de cinq (!) années. Comme beaucoup de gens, je me suis retrouvé à réinvestir mon compte Mastodon au début de novembre 2022, à la suite du changement de propriétaire de Twitter et des actions qui en découlèrent si vite après.

Alors, quoi ?

Les mots qui me viennent en premier sont « bouffée d’air frais » (j’étais tenté de dire ”d’oxygène”, ce qui est un point de comparaison automatique venant directement de mon dayjob).
Le calme ambiant, la politesse et le fairplay, fair use que j’y retrouve y contribuent pour l’essentiel. L’absence de bots, de pub et d’algorithme sont un vrai plus.

Grâce à cette transition, je retrouve de nouveaux vieux centres d’intérêts : d’abord la littérature et l’écriture, mais aussi le libre, Linux, les FOSS, la street photography.
C’est facile grâce aux tags que l’ont peut suivre directement. Ça l’est aussi parce qu’en changeant de réseau, je suis reparti de zéro, collectant les comptes auxquels je souhaitait m’abonner en agissant comme le curateur d’une importante collection.
Mieux encore, j’ai pu choisir une instance locale, au sens géographique, qui me permet de voir dans ma timeline locale des usagers que je n’aurais pas découvert sans cela.

Ces changements bénéfiques sont cités en partie dans l’article de Cory Doctorow ( What the Fediverse does/‘nt solve), qui m’a aidé a comprendre pourquoi ils étaient bénéfiques.
La force de web des premières années était dans son interopérabilité. Tout le monde utilisait des protocoles standards. Cela permettait de créer dans son petit coin d’internet tout en le rendant connectable aux travers de ces standards. On pouvait lier tout et n’importe quoi, mais pas n’importe comment. Il était facile de quitter un forum, une communauté, un site, en gardant des liens vers ces derniers, mais aussi de se protéger des mauvais acteurs par les mêmes mécanismes.

Les fondations du Fediverse reposent sur le même genre de standard, un protocole appelé ActivityPub, créé pour fabriquer un web durable, ouvert et interopérable, pouvant fonctionner avec n’importe quelle application. C’est le cas de Mastodon, de Pixelfed et bien d’autres.
C’est ce qui m’a permis de quitter une instance et de déménager mes followers et les comptes que je suivais en quatre clics.

Cela me permettra, si un jour les admins de l’instance que j’ai choisie virent vers des idées que je ne partagent pas, de déménager à nouveau sans être victime du principal bras de levier qu’utilisent les systèmes propriétaires et les stratèges de l’économie de l’attention: on ne les quitte pas parce que tout ceux que l’on connait y sont et qu’il est impossible de le faire sans les perdre. On y est pris au piège, by design.

C’est impossible avec un système ouvert et libre, respectueux de protocoles standards qui permettent cette ouverture.
C’est cela, au fond, que j’ai gagné en migrant vers une instance Mastodon: la liberté des premiers jours du web, en tout cas une certaine forme de cette dernière.

Se donner du temps

Ces derniers temps, lorsque j’ouvre mon ordinateur, je me sens dépassé, confronté au problème de mon rapport au temps : j’ai tellement à faire, et si peu de temps ! Il en ressort un stress qui n’est vraiment pas nécessaire et même, dans mon cas, délétère d’un point de vue créatif.  

Depuis lors, il m’arrive de rester bloqué devant mon fichier ouvert, incapable d’avancer sur le projet en cours. Et cela devient même pire : je me retrouve à tout faire sauf terminer mon manuscrit, écoutant la voix convaincante de la Resistance, trouvant n’importe quel moyen de procrastiner.

Notez que ce n’est pas la première fois que cela me pose un problème, j’avais même écrit un article pour débroussailler mes idées et trouver des méthodes pour dégager du temps pour écrire. Si l’article est daté, il a le mérite de me rappeler où j’en étais par rapport à ce thème à l’époque.

Quand on est créateur, on dirait qu’il y a une règle tacite, une injonction à produire à tout prix et à grande vitesse. Cela peut parfois donner l’impression que si l’on ne produit pas, on n’existe pas, que ce soit pour les systèmes à dopamine que sont les réseaux sociaux ou pour satisfaire les algorithmes d’un site de vente en ligne. Et cette pression, je la ressens assez pour qu’elle gêne mon travail créatif. 

Elle devient un vrai problème.

Je suis tombé sur un article du blog de Dimitri Régnier, dans lequel il décrit des sensations similaires, en tout cas pour ce qui est de son rapport au temps, de son utilisation, et des contraintes qui nous sont imposées.

Je le rejoins sur plusieurs points, mais l’un en particulier me titille particulièrement : pour créer et produire de la qualité, en fait, il faut du temps, il faut prendre le temps. Par exemple, j’aurais dû sortir le tome 2 de Timeskippers avant les fêtes de fin d’année (notamment pour satisfaire l’algorithme). Mais si je veux être fier de ce texte et qu’il soit au niveau de qualité que je souhaite, je me dois de prendre le temps d’y travailler jusqu’à atteindre cet objectif.

Je me rends compte aussi que la situation est accentuée par les outils que j’utilise. Un désavantage du caractère “geek curieux” qui m’habite, je teste pas mal de choses, je cherche à trouver le meilleur outil pour ce que je fais (la planification, l’écriture, la production d’ebooks). Résultat après quelques années : il y en a littéralement partout, mes textes et mes idées sont dispersés dans différents systèmes et logiciels, et cela participe beaucoup du sentiment d’être dépassé quand je soulève le capot de mon portable.

J’ai pourtant des indices sous les yeux. Depuis plusieurs mois, j’utilise une machine à écrire toute simple, avec un écran LCD et un superbe clavier mécanique, qui synchronise mes textes avec mon ordi. Et c’est libérateur : quand j’allume cet outil précis, c’est uniquement pour écrire. Un outil simple, qui ne sert qu’une fonction, qui marche tout le temps.

Les militaires, et particulièrement les unités des forces spéciales, utilisent un moto sous forme d’acronyme: KISS (Keep It Simple Stupid).

Donc, je tends de plus en plus à la simplification de mes outils et de la façon dont je gère mes fichiers. Inspiré par certains des articles de Ploum, mes idées m’amènent à nouveau vers un amour de jeunesse : Linux et les FOSS (Free and Open Source Software), avec cette tendance non pas au minimalisme, mais à l’essentialisme

Dans le même ordre d’idée, je m’éloigne des systèmes à dopamine (je n’ai pas ouvert Facebook depuis plusieurs mois et je vais bien mieux, merci), et j’ai réouvert un compte Mastodon, où l’ambiance ressemble beaucoup à celle des l’internet des pionniers, avec de l’entraide du partage et une certaine forme de bienveillance (et ça fait du bien).

Tout cela déclenche un arc cognitif et me rappelle cette citation de Blaise Pascal :

Tous les problèmes de l’humanité découlent de l’incapacité de l’homme à s’asseoir tranquillement et seul dans une pièce.

Dimitri a raison : il s’agit en fait de retrouver notre capacité à conserver une vie intérieure et je rejoins sa conclusion. Il faut redonner du temps à l’essentiel, pour vivre en accord avec ses valeurs.

Robots

Robots

Dans mon enfance, l’un de mes jouets les plus marquants était un Goldorak de près de 80 cm de haut. Il était trop cool, pouvait lancer de missiles et avait des fulguropoings clignotants. Merchandizing dérivé du manga éponyme, ce robot géant que j’adorais était piloté par un homme, Actarus.

Début 2021, Boston Dynamics a publié sur sa chaîne YouTube une vidéo démontrant l’état de l’art de leur production. On peut y voir trois robots dansant sur une chanson du groupe The Contours, n° 3 du Billboard 100 de l’année 1962.
À priori, rien d’effrayant, pourtant, ce que j’avais devant les yeux m’a autant fasciné que fait peur. Pour le coup, c’était nouveau : je n’avais jamais ressenti la moindre appréhension par rapport aux robots.

Ma génération y est aussi accoutumée que possible.
En dehors de mon jouet, mes premiers contacts se firent au travers de romans de science-fiction, en lisant Asimov. Pour d’autres, ce fut peut-être par le biais du cinéma.
On peut penser à R2D2 et C3PO de la saga Starwars, ou encore Ash dans Alien, un robot humanoïde dont il est impossible de deviner la nature, tant son comportement et son apparence sont similaires aux nôtres.
Rapidement, ils sont devenus si courants dans notre culture que nous les prenons pour acquis.

Aujourd’hui, les robots partagent notre quotidien, et nous n’en avons pas peur. À la rigueur, la crainte qu’ils inspirent est celle de perdre une (grande) partie de nos jobs. Ils représentent le progrès, améliorent notre quotidien, augmentent nos capacités industrielles. À l’instar des fictions que nous lisons ou regardons, ils sont devenus courants dans nos vies.

Alors, pourquoi ai-je éprouvé un tel sentiment en voyant danser les robots de Boston Dynamics ?

La chorégraphie exécutée à la perfection par ces robots massifs dégage une impression de puissance et d’inexorabilité. En un sens, elle m’a rappelé le LUCAS, un bras automatisé utilisé par les secours professionnels pour exécuter le massage cardiaque ; le rythme mathématique, la force constante et le côté imparable, inévitable, s’apparente à une certaine forme de violence.

En voyant cette séquence, je ne pouvais empêcher mon cerveau de divaguer. Devant mes yeux défilèrent des images d’une armée de ces robots contrôlant une foule de manifestants de manière autonome — une vision induite en grande partie par les images des grands mouvements sociaux qui inondaient les réseaux quelques semaines auparavant, et des violences policières associées. Une fois autonomes, comment se comporteront ces machines ? À quoi ressembleraient les violences « policières » perpétrées par de tels robots ?

La vidéo dévoile les dernières capacités des créations de Boston Dynamics. La danse rythmée montre l’agilité, la précision et la vitesse1 à laquelle ces machines se déplacent.
Le robot le plus impressionnant, ATLAS, présente une forme humanoïde. On peut les imaginer sans trop de difficulté aux couleurs d’une unité de police, insensibles aux insultes, aux jets de pierre ou au gaz lacrymogène. Ils pourraient être équipés de caméras haute définition, enregistrant en permanence et utilisant des algorithmes de reconnaissance faciale pour identifier les leaders dans la manifestation.
Une vision de cauchemar : c’est cela qui m’a littéralement fait peur.

Il est possible que je me sois laissé emporter par mon imagination. Écrire des fictions a sûrement une certaine influence sur ma façon de voir les choses.

Doit-on avoir peur des robots ?

Pourtant, nous sommes très habitués à la présence des robots. Ils sont apparus dans nos vies il y a plusieurs dizaines d’années, et on peut en voir de partout.

Le terme de robot fut inventé pour les besoins d’une fiction par l’auteur tchèque Karel Capek en 1921. Partons du principe d’exclure tout ce qui a trait aux automates, automa et autres outils automatisés ou utilisés pour distraire les foules. Je mettrais de côté aussi les drones et autres appareils pilotés à distance : il y a toujours un homme au bout des ondes ou du fil.

Dans la conception moderne de ce qu’est un robot, ceux qui marquèrent le grand public apparurent au début des années 1970, sur les lignes de production industrielle. Ils étaient destinés aux travaux pénibles, comme la peinture ou le soudage des carrosseries. Énormes et massifs, ils étaient réservés aux applications industrielles, n’exécutant que des tâches préprogrammées.
La même époque vit le développement, dans les laboratoires japonais de robots humanoïdes, comme ceux que l’on peut voir dans certaines fictions.
Tous avaient de sérieuses limitations : ils devaient être reliés d’une manière ou d’une autre à un système plus large, que ce soit pour leur alimentation ou pour les piloter. Leurs capacités sensorielles étaient très limitées, et il fallait un ordinateur externe pour traiter toutes ces informations.
En cela, on était très loin de l’autonomie des robots présentés dans la fiction.

Justement, cette peur inspiréew du visionnage des capacités de robots de Boston Dynamics peut-elle m’être inspirée par la fiction ? En d’autres termes, suis-je influencé par mes lectures et les films que j’ai vus en grandissant ?
Le robot qui fait peur — ou pire : qui menace l’humanité — est un concept surexploité dans les œuvres de SF. Les Cylons de Battlestar Galactica se retournent contre leurs créateurs, déclenchant une guerre spatiale, et on ne voit pas ce qui va les empêcher de la gagner. D’ailleurs, que dans le remake moderne, les robots on prit une forme totalement humaine, séduisante, même, les rendant plus effrayants encore (comment les distinguer ?).
Les terminators viennent du futur dans le but d’empêcher la survie de l’espèce humaine. Les machines de Matrix nous ont déjà réduits à l’état de piles électriques. Les Réplicants de l’univers Stargate consomment tout ce qui est électrique ou mécanique, et même absorbent quelques hommes dans la foulée, dans l’unique but de se répliquer2.

Cette idée du méchant robot, animé par une pensée propre (ou une « intelligence artificielle » dans certains cas) est facile parce qu’elle fait appel à des ressorts bien connus : la toute-puissance mécanique (et c’est aussi le sentiment inspiré par les vidéos de Boston Dynamics) et l’invention qui se retourne contre son créateur (on pense à Frankenstein, c’est aussi une idée très utilisée en fiction, qu’on peut rattacher de loin à l’œdipe de Freud).

Mais la fiction apporte aussi tout un lot de figures robotiques qui sont au service de l’homme, le protègent, ou qui donnent une image sympathique. Le plus iconique étant peut-être R2D2, le petit robot qui assiste en permanence les héros de Star Wars, et surtout Luke Skywalker.
Le robot de H2G2 (The Hitchhiker Guide to the Galaxy), nommé Marvin3, est un robot désabusé et dépressif, aux répliques aussi cinglantes que drôles.

Arthur : Marvin, as-tu une idée ?
Marvin : Des millions. Elles mènent toutes à une mort certaine.
— Douglas Adams, Le Guide du Routard Galactique.

Ou encore :

Ma propension pour le bonheur pourrait rentrer dans une boite d’allumettes sans enlever les allumettes.
— Ibid.

Même dans le cas où ils sont un support à l’humanité, on ne peut s’empêcher de constater leurs capacités qui dépassent le plus souvent celles des hommes. Elles sont physiques — les robots de fiction sont plus massifs, ils avancent plus vite, ils sont mieux armés, ils ne manquent pas leurs tirs (penser à Robocop) — et intellectuelles : leur mémoire est infaillible, ils parlent tous les langages connus (C3PO), ils ont accès à des bases de données sans limites, qui parfois viennent du futur (Terminator).

Dernièrement, le scénario de _ Zone hostile*, un film de science-fiction produit par Netflix, décrit l’utilisation de robots militaires pour la première fois déployés sur un front de guerre, au milieu des troupes d’infanterie.

![](zone hostile.png)

Dans son article sur le site builtin.com (The future of robots and robotics), l’auteur Mike Thomas résume l’impact de la fiction sur notre conception de la robotique ainsi :

On pourrait argumenter, en fait, que la culture pop en général a ruiné les robots, ou au moins la plupart des concepts que les gens ont à propos de ce que sont réellement les robots.
Ce mélange d’influence façonne notre idée de ce qu’est un robot depuis si longtemps qu’on a bien du mal à penser autrement, sinon au prix d’un effort conscient. Justement, c’est du côté de l’inconscient que j’ai réagi en voyant les robots de Boston Dynamics.
— Mike Thomas, The future of robots and robotics. ( https://builtin.com/robotics/future-robots-robotics)

Ils sont déjà dans nos vies

Nous en croisons tous les jours. Le premier auquel je pense est mon aspirateur Roomba. Aux alentours de dix heures, il va quadriller le salon et les pièces adjacentes, nettoyer et aspirer toutes les miettes du petit-déjeuner et s’occuper de la plupart des poils de chat (espérons-le).
Sur l’autoroute, le régulateur de vitesse va transformer mon véhicule en robot : en fonction des paramètres qu’il mesure, il pourra prendre la décision de maintenir la vitesse dans une côte ou de freiner pour rester à distance de la voiture qui me précède.
Dans l’hôpital où je travaille, un robot occupe une pièce entière (en fait, plusieurs centaines de mètres carrés) ; il gère la distribution et la récupération des tenues de travail.
Si l’on élargit un peu le point de vue, on peut aussi penser aux robots envoyés sur Mars (par la NASA, mais aussi par la Chine), même s’ils sont appelés rovers. Vu le temps de transmission nécessaire à la moindre communication avec la planète rouge, ces appareils doivent être capables de démontrer une certaine autonomie.

En fait, on pourrait considérer tout ordinateur qui a une influence sur le monde physique comme étant une forme de robot : du thermostat intelligent à la voiture autonome, du robot de tri des barres chocolatées dans l’usine Cailler aux robots des lignes d’assemblage de fabrication automobile. La plupart des entrepôts logistiques utilisent aussi des robots pour transporter et aiguiller les colis. Il y en a partout.

Dans le domaine, les progrès sont fulgurants. Ils sont liés à ceux de l’informatique : non seulement sur la puissance de calcul et la mémoire, mais surtout au niveau du développement logiciel, avec des domaines comme l’analyse de données, la reconnaissance de formes et l’IA. La gageure étant maintenant d’embarquer ces capacités de traitement à bord d’unités robotisées mobiles, les rendant, cette fois, autonomes.

Les applications sont infinies. Déjà, on a développé des robots pour la recherche de personnes en environnement risqué (radiation, éboulements) — on aurait pu utiliser un tel robot à Fukushima pour ouvrir une valve de refroidissement et éviter un incident nucléaire majeur.

Des robots procèdent déjà à des interventions chirurgicales (sous contrôle d’un chirurgien, mais pour combien de temps ?), ils transportent des objets lourds, ils réparent les barebones au fond des océans, assurant la continuité des liaisons internet, et je n’aborde même pas le sujet des applications militaires (la Royal Navy a commandité l’essai de sous-marins autonomes ; l’armée anglaise a fait l’acquisition de cinq véhicules autonomes pour le réapprovisionnement).

Pourtant, les robots autonomes ne sont pas encore là.

En termes d’autonomie, on est encore loin des robots de la fiction. Les prochains progrès doivent se faire à deux niveaux : du côté de l’autonomie énergétique, et du côté logiciel (deep learning et machine learning).

L’un des plus gros problèmes que nous ayons est qu’il n’y a rien d’aussi bon que le muscle humain. On arrive pas à approcher de ce qu’un être humain est capable de faire.
— Will Jackson, directeur de l’Engineered Arts au Royaune-Uni, interviewé par Mike Thomas pour Built in.( https://builtin.com/robotics/future-robots-robotics)

Il reste encore beaucoup de progrès à faire. Certains on même pensé que la vidéo de Boston Dynamics était en fait de la CG (c’est faux). D’après leurs chercheurs, la vidéo à nécéssité un an et demi de chorégraphie, simulation, programmation et mises à jour, au sommet desquels le tournage de la vidéo qui a pris deux jours pour produire un film de moins de trois minutes4 et beaucoup de problèmes à surmonter, au premier rang desquels l’autonomie énergétique. En fait, si l’ont suit l’idée de la loi de Moore, le coût par unité d’énergie n’a pas diminué de 50% tous les 18 mois, à l’inverse de ce qui s’est passé pour la puissance des microprocesseurs.

Donc, vraisemblablement, les robots qui m’ont fait peur risquent de voir leurs piles se vider avant de pouvoir faire quoi que ce soit de néfaste.

Mais plus que les possibilités de ces robots (qui dépasseront celles des hommes plus rapidement que je ne le pense), c’est l’IA et l’éthique qui les gouverne qui m’inquiète. Et on ne pourra pas compter sur les trois lois de la robotique, décrites par Isaac Asimov dans sa suite de romans sur les robots5. Il a de toute façon démontré dans ses histoires qu’elles pouvaient être contournées ou poser des problèmes assez facilement.

Aujourd’hui, aucun robot n’utilise les Trois Lois. À la place, nous avons des experts en IA, éthique et morale pour aider à créer des guides pour la création et l’usage des robots. Certains chercheurs espèrent aussi donner plus de pouvoir aux robots en leur donnant l’abilité à faire tout seuls des jugements éthiques et moraux des conséquences de leurs actes.
— Dr Peter Bentley, What you need to know about the past, present and future of robotics ( https://www.sciencefocus.com/future-technology/robots/)

Le développement de l’Intelligence Artificielle que ces robots vont utiliser doit donc être fait en lien étroit avec l’éthique, qui doit être une priorité. On ne peut pas uniquement compter sur les intérêts privés, sur les chercheurs et programmateurs (l’erreur est humaine), pour garantir un comportement sûr de ces robots.

Le fait que Google, qui est le plus gros financier de recherches sur l’intelligence artificielle, ait viré récemment ses deux directeurs de l’éthique en IA, est très inquiétant.
C’est de cela qu’il faut avoir peur.


Cet article est un Work In Progress. Dernière actualisation en février 2022.


  1. ATLAS, le robot dédié à la recherche de Boston Dynamics peut déjà atteindre la vitesse de 1,5 m/s (c’est 5,4 km/h), soit la vitesse d’un homme qui marche. Cela ne peut que très vite évoluer. ↩︎

  2. Le concept a déjà été décrit en dehors de la fiction. Les machines auto-réplicantes sont un type de robot autonome capable de se reproduire tout seul en utilisant les matières premières trouvées dans son environnement, démontrant une auto-réplication similaire à celle trouvée dans la nature. Le concept fut proposé par Homer Jacobson, Edward F. Moore, Freeman Dyson et John Von Neumann.
    Source: Wikipedia ↩︎

  3. Marvin est un robot doté d’un processeur si puissant, qu’un cerveau biologique, pour déployer une puissance de calcul équivalente, devrait mesurer la taille d’une planète. Tout aurait pu être parfait, mais il est doté du PPA (Profil de personnalité authentique), ce qui le rend capable d’avoir des émotions plus humaines. C’est ce qui lui cause des problèmes : Marvin en est devenu dépressif, paranoïaque et, par conséquent, un peu agaçant pour les autres personnages.
    Source: Wikipedia ↩︎

  4. Voir cet article de CBS. ↩︎

  5. Un robot ne peut porter atteinte à un être humain ni, restant passif, laisser cet être humain exposé au danger
    Un robot doit obéir aux ordres donnés par les êtres humains, sauf si de tels ordres entrent en contradiction avec la première loi
    Un robot doit protéger son existence dans la mesure où cette protection n’entre pas en contradiction avec la première ou la deuxième loi. ↩︎

Decouvrez La Couverture De Totem

Lors de mon précédent article, je vous parlais de la réédition de mon thriller sous un nouveau titre, TOTEM.

Avec cette nouvelle édition, j’ai pris le temps de faire (encore) des corrections — c’est fou, vous pouvez relire votre texte autant de fois que vous voulez, on retrouve toujours des coquilles —, quelques ajouts visuels et une nouvelle mise en page, mais aussi, une nouvelle couverture.

Alors, sans plus attendre, voici, sous vos yeux (espérons) ébahis, la nouvelle version :

Yeah !

Je suis très content de cette couverture, et sur les premiers tests que j’ai faits elle a l’air de séduire mes lectrices et lecteurs. Nous verrons très vite ce qu’elle donne dans le grand bain, dès le 18 octobre, date de la publication de cette nouvelle édition !