Pensées & Opinions

Un blog à l'ancienne, quoi.

Idées, opinions, perspectives, des articles de blog sur tout ce qui m’intéresse.

Comment écrire un synopsis ?

C’est l’une des choses que je déteste le plus, mais qu’il est presque impossible d’éviter: le maudit synopsis. Que ce soit pour l’envoi à une maison d’édition, pour soumettre un projet ou pour convaincre un agent (apparemment de mieux en mieux considérés dans le milieu littéraire), la création d’un synopsis simple, qui tient en une à deux pages, est obligatoire. OK, me dit ma voix intérieure — enfin, l’une de mes voix intérieures. Je ne sais pas pour vous, mais chez mo.i, on est nombreux, dans ma tête.

OK, me dis-je donc, mais, mec ! Comment veux-tu que je réduise l’ensemble de mon roman de 500 pages en 500 mots ? Faire passer l’ingéniosité de mon scénario, la profondeur de mes personnages et l’émotion en une page ou deux, c’est impossible !

Ouais. Il me faut une méthode. Vous me connaissez, c’est comme ça que je fonctionne (si vous ne me connaissez pas, vous pouvez avoir un aperçu en écoutant quelques épisodes de notre podcast avec Catherine Rolland, ou lire les autres articles sur ce site).

Car je ne vous l’ai pas encore dit, mais l’écriture d’un synopsis est devenue un enjeu très pressant quand j’ai décidé de soumettre mon prochain thriller en maison d’édition. Il me fallait donc un processus efficace et qui ne me donne pas envie de balancer mon clavier par la fenêtre au bout de dix minutes.

Donc, tout d’abord, établissons quelques règles à la louche.

Première règle: je devrais me limiter à présenter deux ou trois personnages, au maximum. Dans mon thriller, il y en a bien plus, évidemment. Il y a notamment toute une équipe d’enquête et de personnages secondaires qui ont une importance primordiale pour la compréhension des protagonistes. Mais je ne peux pas me permettre de les inclure dans le synopsis, car l’espace y est limité.
Donc, le personnage principal, l’antagoniste, et peut-être un personnage support s’il est important.

Règle seconde: Je dois dire la fin ! Ouais, ça parait à la fois évident et ridicule. En gros, je vais spoiler mon histoire, mais ce que veulent savoir les gens qui vont lire le synopsis, c’est si je sais mener mon intrigue jusqu’au bout, jusqu’à une fin inattendue et satisfaisante.

Règle à la louche tierce: Il n’est pas nécessaire d’inclure les trames secondaires. Seule la trame principale de l’histoire est pertinente pour le synopsis. Bien, maintenant que c’est clair, vous noterez en lisant la suite que j’ai adapté le parcours du héros, tout simplement parce que la plupart des histoires suivent de près ou de loin ce format.

Libre à vous d’adapter le truc ; si vous avez écrit une structure en trois (ou quatre) actes, et que cela vous parle plus pour créer votre synopsis, ce n’est pas moi qui vais vous en dissuader.

L’idée ici, comme pour tout ce que je publie sur ce site, est de vous donner des idées, mais que vous puissiez adapter, remixer, mélanger ces idées avec d’autres, trouvées ailleurs. C’est comme ça que j’ai fait, parce qu’un système développé par un auteur va fonctionner pour lui, mais pas forcément pour vous (pas sans adaptations).

Pour écrire ce synopsis, je vais donc créer une sorte de structure, dans laquelle il « suffit » de remplir les blancs. Pour les exemples, je vais utiliser mon roman de SF, Le Reflet des étoiles. Il y aura donc des spoilers ! Si vous ne l’avez pas lu et que vous ne voulez pas vous faire gâcher la lecture, eh bien… sautez les exemples.

Ou mieux: allez lire mon roman (il est top), puis revenez par ici. Allez-y, je vous attends !

On est bon ? OK. Alors, commençons par établir le point d’entrée dans l’histoire.

1. L’image d’ouverture

(Oui, j’ai une écriture assez cinématique — demandez à mes lecteurs— et donc cela se déteint sur le reste.)

Il s’agit d’une image, d’un concept, d’un cadre qui plante le décor pour l’image à venir.

Année terrestre 2319. L’ordinateur de bord d’un vaisseau spatial en perdition, le Vancouver, réveille en urgence le dernier survivant. Une collision est imminente.

2. Introduction du protagoniste

Qui est le personnage principal ? Donner un ou deux mots le décrivant et dire ce qu’il veut.

Près de 250 années après qu’il est entré dans le caisson de stase, il a de la chance d’être encore vivant. Mais lorsqu’il émerge, ses souvenirs ont disparu. Il ne sait même pas son propre nom.

3. L’incident déclencheur

Quels événement, décision ou changement provoque la décision d’agir pour le personnage ?

Après avoir réglé à la dernière seconde le problème de sa survie immédiate, il est recueilli à bord d’un vaisseau militaire de l’Union des Nations. Mais deux siècles de politique expansionniste ont mené le système solaire au bord d’une guerre dévastatrice entre les deux superpuissances, l’UN et la Fédération Commerciale (FC). Ses sauveurs le prennent pour un espion, ne reconnaissant pas l’origine de son vaisseau, et il a bien du mal à s’expliquer.

Quelques heures après, le bâtiment subit une attaque. Malgré lui, cet homme amnésique — qu’ils appellent « JD », le nom brodé sur sa combinaison de vol — les aide, utilisant des compétences qu’il ne se connaissait pas. Il sauve la vie du seul navigateur capable de calculer un « saut quantique » qui leur permet de s’échapper.

4. Le premier point de pression

Quelle est la complication, l’action ou la décision du personnage principal qui va changer le cours du livre ? Après ce point, impossible, pour lui, de revenir en arrière.

Obligé de composer avec une histoire qu’il ne connait pas, JD est rattrapé par le passé: l’ordinateur du Vancouver pourrait contenir des informations sur le docteur Christensen, disparu avec ses recherches promettant le voyage interstellaire. La rumeur veut qu’il ait créé une colonie cachée, fuyant la polarisation grandissante et la guerre de l’époque. Personne n’a jamais pu le retrouver. Deux siècles plus tôt, le Vancouver aurait ravitaillé cette colonie cachée, et JD, seul survivant, devient le centre de toutes les attentions.

5. Conflits et rencontres

Maintenant notre personnage est dans sa “nouvelle vie”. Il rencontre d’autres personnes, fait de nouvelles expériences et rencontre l’antagoniste (le vilain).

Alors qu’il explore l’épave avec les Marines du Kilroy, JD est approché par les espions de la FC, qui lui transmettent des données prouvant la dérive totalitaire de l’Union des Nations.

6. Le point médian

Le tournant central. Jusque là, notre personnage réagissait à ce qui lui arrivait. Maintenant, il passe à l’action en un changement de perspective crucial. Il faut donc décrire ce qui cause ce changement (de direction/d’émotion/de quelque chose). Là encore, une fois ce point passé, impossible pour notre personnage de revenir en arrière.

De retour sur la station Aldrin — centre politique de l’UN— , JD découvre la Résistance et décide de les rejoindre pour échapper à la geôle. Il est exfiltré à bord de l’Arveed, où le commandant lui fait retrouver une partie de ses souvenirs. Ainsi, ils trouvent un moyen de contacter la Colonie Christensen.

7. La victoire est proche, mais… (le second point de pression)

Qu’est-ce qui se passe et qui fait penser au personnage principal qu’il va gagner/réussir ? On dirait qu’il a la main gagnante, mais tout à coup, oh, non ! L’antagoniste lui vole la victoire et en ressort encore plus puissant.

Transféré sur le vaisseau de la Colonie, JD est reconnu comme l’un des fondateurs, grâce à son ADN. Les enjeux décuplent, car la Colonie a découvert un portail permettant d’accéder à un autre système et à ses ressources, mais fréquenté d’une espèce aussi féroce et technologiquement avancée que belliqueuse, les « Goths ». Depuis qu’ils l’ont découverte, les Colons s’emploient à cacher ce portail pour leur en empêcher l’accès. Le crash du Vancouver et l’agitation autour des découvertes potentielles de la Colonie risquent de le révéler aux Goths, car les explosions énergétiques — sauts quantiques, combats, seraient alors détectés de l’autre côté. Les Colons pensent agir pour le bien de l’humanité en le cachant, limitant le risque d’une invasion.

8. Le moment sombre

Le personnage principal est en dessous de tout, et il doit se battre au travers de ses émotions négatives pour trouver la force nécessaire à la bataille finale. Raconter ce qui se passe.

Dès lors, un plan est élaboré pour empêcher les superpuissances de croiser dans le secteur. Forts de leur supériorité technologique due à Christensen, les Colons sont prêts à se battre ; quitte à provoquer une guerre. JD comprend que cela embraserait tout le système. Il a fui la guerre et ses effets dévastateurs, deux siècles auparavant. Il est hors de question d’en provoquer une nouvelle.

9. Le climax

Le personnage obtient la clé ou la révélation nécessaire pour affronter le conflit principal ou l’antagoniste dans un combat final (ouais, c’est épique, le Voyage du Héros).

Alors il profite de son nouveau statut de « fondateur » pour proposer un plan différent. En se faisant passer pour l’UNS Kilroy grâce au vol de son transpondeur, ils vont provoquer une unité isolée de Goths et l’amener à les suivre jusque dans le Système solaire, juste au moment où les plus puissants vaisseaux de combat de l’UN et de la FC arrivent à proximité. Les Goths poursuivent systématiquement les appareils qu’ils détectent ; ils veulent ce système pour leur seul bénéfice. Quand ils découvriraient leur puissance, les humains seraient obligés de s’allier pour les vaincre ; c’est le but poursuivi par JD.

10. La résolution

C’est le dénouement. Le conflit est résolu et on voit le nouvel état d’équilibre.

Les Goths réagissent comme attendu, attaquant le vaisseau Colon — une agression perçue par tout le monde comme étant dirigée contre le Killroy grâce au transpondeur volé. Un ennemi commun est découvert en même temps que l’existence du portail. Un ennemi puissant, dangereux, et qui va forcer l’humanité divisée à s’allier à nouveau pour faire face à ce nouveau péril. De justesse et grâce à leur action concertée, ils détruisent le vaisseau Goth.

11. L’image finale

Avec quelle image finale veut-on laisser nos lecteurs ? Le personnage a-t-il succombé à ses propres démons ou s’est-il construit une nouvelle vie ?

Si le plan de JD a fonctionné, les révélations pour l’humanité sont lourdes de conséquences. Les superpuissances découvrent en même temps la Colonie, le portail, et le danger que représentent les Goths. Une résolution politique, pacifique, et de mutualisation des ressources contre ce nouvel ennemi doit être négociée.
JD participe un temps à ces échanges qui s’éternisent, mais son passé et ses origines le rattrapent. Il décide de rejoindre un vaisseau renégat affrété par un équipage mixte de Colons et de Résistants, qui franchit le portail illégalement pour découvrir ce Nouveau Monde et leurs habitants.


Note: j’ai beaucoup emprunté à Susan Dennard pour écrire cet article et pour trouver ma méthode. Si vous lisez en anglais, allez faire un tour sur son Substack, c’est une mine !

Je vous propose tout le synopsis d’un coup, pour faciliter la lecture. Voici ce que ça donne.

Année terrestre 2319. L’ordinateur de bord d’un vaisseau spatial en perdition, le Vancouver, réveille en urgence le dernier survivant. Une collision est imminente.
Près de 250 années après qu’il est entré dans le caisson de stase, il a de la chance d’être encore vivant. Mais lorsqu’il émerge, ses souvenirs ont disparu. Il ne sait même pas son propre nom.

_Après avoir réglé à la dernière seconde le problème de sa survie immédiate, il est recueilli à bord d’un vaisseau militaire de l’Union des Nations. Mais deux siècles de politique expansionniste ont mené le système solaire au bord d’une guerre dévastatrice entre les deux superpuissances, l’UN et la Fédération Commerciale (FC). Ses sauveurs le prennent pour un espion, ne reconnaissant pas l’origine de son vaisseau, et il a bien du mal à s’expliquer.

Quelques heures après, le bâtiment subit une attaque. Malgré lui, cet homme amnésique — qu’ils appellent « JD », le nom brodé sur sa combinaison de vol — les aide, utilisant des compétences qu’il ne se connaissait pas. Il sauve la vie du seul navigateur capable de calculer un « saut quantique » qui leur permet de s’échapper._

Obligé de composer avec une histoire qu’il ne connait pas, JD est rattrapé par le passé: l’ordinateur du Vancouver pourrait contenir des informations sur le docteur Christensen, disparu avec ses recherches promettant le voyage interstellaire. La rumeur veut qu’il ait créé une colonie cachée, fuyant la polarisation grandissante et la guerre de l’époque. Personne n’a jamais pu le retrouver. Deux siècles plus tôt, le Vancouver aurait ravitaillé cette colonie cachée, et JD, seul survivant, devient le centre de toutes les attentions.

Alors qu’il explore l’épave avec les Marines du Kilroy, JD est approché par les espions de la FC, qui lui transmettent des données prouvant la dérive totalitaire de l’Union des Nations.

De retour sur la station Aldrin — centre politique de l’UN— , JD découvre la Résistance et décide de les rejoindre pour échapper à la geôle. Il est exfiltré à bord de l’Arveed, où le commandant lui fait retrouver une partie de ses souvenirs. Ainsi, ils trouvent un moyen de contacter la Colonie Christensen.

Transféré sur le vaisseau de la Colonie, JD est reconnu comme l’un des fondateurs, grâce à son ADN. Les enjeux décuplent, car la Colonie a découvert un portail permettant d’accéder à un autre système et à ses ressources, mais fréquenté d’une espèce aussi féroce et technologiquement avancée que belliqueuse, les « Goths ». Depuis qu’ils l’ont découverte, les Colons s’emploient à cacher ce portail pour leur en empêcher l’accès. Le crash du Vancouver et l’agitation autour des découvertes potentielles de la Colonie risquent de le révéler aux Goths, car les explosions énergétiques — sauts quantiques, combats, seraient alors détectés de l’autre côté. Les Colons pensent agir pour le bien de l’humanité en le cachant, limitant le risque d’une invasion.

Dès lors, un plan est élaboré pour empêcher les superpuissances de croiser dans le secteur. Forts de leur supériorité technologique due à Christensen, les Colons sont prêts à se battre ; quitte à provoquer une guerre. JD comprend que cela embraserait tout le système. Il a fui la guerre et ses effets dévastateurs, deux siècles auparavant. Il est hors de question d’en provoquer une nouvelle.

Alors il profite de son nouveau statut de « fondateur » pour proposer un plan différent. En se faisant passer pour l’UNS Kilroy grâce au vol de son transpondeur, ils vont provoquer une unité isolée de Goths et l’amener à les suivre jusque dans le Système solaire, juste au moment où les plus puissants vaisseaux de combat de l’UN et de la FC arrivent à proximité. Les Goths poursuivent systématiquement les appareils qu’ils détectent ; ils veulent ce système pour leur seul bénéfice. Quand ils découvriraient leur puissance, les humains seraient obligés de s’allier pour les vaincre ; c’est le but poursuivi par JD.

Les Goths réagissent comme attendu, attaquant le vaisseau Colon — une agression perçue par tout le monde comme étant dirigée contre le Killroy grâce au transpondeur volé. Un ennemi commun est découvert en même temps que l’existence du portail. Un ennemi puissant, dangereux, et qui va forcer l’humanité divisée à s’allier à nouveau pour faire face à ce nouveau péril. De justesse et grâce à leur action concertée, ils détruisent le vaisseau Goth.

Si le plan de JD a fonctionné, les révélations pour l’humanité sont lourdes de conséquences. Les superpuissances découvrent en même temps la Colonie, le portail, et le danger que représentent les Goths. Une résolution politique, pacifique, et de mutualisation des ressources contre ce nouvel ennemi doit être négociée.

JD participe un temps à ces échanges qui s’éternisent, mais son passé et ses origines le rattrapent. Il décide de rejoindre un vaisseau renégat affrété par un équipage mixte de Colons et de Résistants, qui franchit le portail illégalement pour découvrir ce Nouveau Monde et leurs habitants.

Comptage final: 5000 signes. Pas si mal.
Je déteste toujours autant les synopsis. Mais au moins, j’ai une méthode relativement fiable. Et vous ? Quelle est votre approche ? Dites-moi en commentaire quelle étape vous pose le plus de difficulté.

Mes outils d’écriture pour 2026

Cette année a été productive du point de vue de l’écriture. Entre les épisodes de podcast, mon dernier projet de roman et les activités de mon autre métier (ou souvent les projets commencent eux aussi par une phase d’écriture), j’ai écrit plus de deux cent vingt mille mots.

Une grosse diminution de ma présence sur les réseaux sociaux m’a aidé, mais je pense que c’est surtout dû à mes outils.

J’écris de manière professionnelle depuis douze années maintenant (comprendre : avec un engagement professionnel, un concept qui mérite un article à lui tout seul — tiens, je vais noter cela), et j’ai eu le temps de faire le tour de ce qui fonctionnait et de ce qui ne marchait pas. Pourtant, j’adore tester de nouveaux trucs, mais cela fait longtemps que je n’ai rien trouvé qui modifie vraiment mes routines d’écriture. Mon processus est plutôt solide, maintenant. J’ai cessé de chercher la suite d’outils idéale parce que je passais plus de temps à tester et configurer, qu’à travailler sur mes projets.

Alors, quels sont ces outils ?

1. Mes carnets

Pour un amateur de technologie et de science, geek et hacker, cela va peut-être vous surprendre. L’outil le plus précieux dans ma trousse est un ensemble de carnets papier tout ce qu’il y a de plus banal.

J’utilise un carnet au format A6 qui me suit partout, dont le rôle est celui « d’attrape-tout ». Idées, concepts, recettes, références, tâches à faire. Le but est de vider mon cerveau et de retenir l’idée qui me vient dans le train ou dans la file d’attente.


Mon second carnet est un peu plus grand (au format A5), et ce dernier me sert à réfléchir (donc en… écrivant). Il est bourré de longs paragraphes dans lesquels je décortique idées d’intrigue et caractères de personnages, de mindmaps me permettant d’explorer les sujets, de notes de lectures et de préparation d’épisodes pour Duo de plumes.

OK. Avec mes carnets, je note mes idées, j’en développe certaines, je commence des cartes heuristiques. Et l’écriture ?

2. Obsidian

Il n’y a pas si longtemps, je travaillais encore avec Scrivener (60 $). Et franchement, c’est un logiciel fantastique, que je continue à recommander pour tous les projets d’écriture un tant soit peu longs.

Si vous ne connaissez pas Scrivener, c’est un logiciel créé par un écrivain (Keith Blount) parce qu’il n’arrivait pas à trouver les fonctions dont il avait besoin pour écrire ses fictions dans les autres traitements de texte.

Au début, le logiciel peut faire peur avec son côté couteau suisse ; l’interface peut être chargée et l’on ne sait pas vraiment par où commencer. Mais assez vite, on se rend compte que cet outil puissant est très configurable. Il est facile d’en faire un espace simple et cosy où l’on va se consacrer pleinement à son texte.

Ensuite, il vient avec des fonctions secondaires vraiment utiles : le déplacement de scènes entières dans la structure du récit, la possibilité de scinder une scène en deux, la visualisation de l’ensemble des scènes ou chapitres sous forme graphique, les attributs personnalisés pour chaque scène… C’est vraiment un outil complet.

Malheureusement, Scrivener n’existe que sur macOS ou Windows (et encore, je trouve la version Windows franchement laide), donc depuis trois ans maintenant, je me suis tourné vers un autre outil : Obsidian (gratuit), disponible sur toutes les plateformes. C’est à la base un logiciel de prise de notes que j’ai détourné pour retrouver les fonctionnalités de Scrivener.

Il est possible de l’installer sur toutes les plateformes et surtout il travaille avec des fichiers textes de base et un format pratique qui s’appelle le Markdown. Cela garantit la pérennité de ce que j’écris. Je veux pouvoir ouvrir ces fichiers dans vingt ou trente ans. Si j’utilise des formats propriétaires comme .docx, le risque que cela soit le cas est trop grand.

Il y a aussi une dimension philosophique à tout garder en format texte, qui rejoint celle du monde Unix/GNU/Linux où tout est un fichier texte.

Obsidian mérite un article à lui tout seul, aussi je ne vais pas plus m’attarder (et vous donner une raison de vous abonner, hé hé !)

Un premier passage dans Obsidian me permet de développer les choses et d’avoir un plan sérieux pour la suite… Et la suite se passe sur une machine à écrire.

3. Freewrite

Une machine à écrire avec un vrai clavier (qui fait « clic-clic-clic », un son que j’adore) et un écran LCD qui limite fortement la fatigue visuelle.

On ne peut qu’écrire sur cette machine : pas d’internet, pas de distraction, et c’est justement le but. Ces contraintes favorisent la créativité. Quand je travaille sur ce clavier, le temps disparaît et je m’engouffre dans mon histoire ; ce moment de flow est l’un des grands plaisirs de l’écriture pour moi.

La freewrite n’est pas donnée, mais le confort d’écriture et le temps gagné (à ne pas sauter d’une activité à l’autre) le justifient pour moi. Il existe d’autres solutions moins chères, mais qui n’ont pas fonctionné pour moi : utiliser un vieil ordinateur consacré uniquement à l’écriture (je trouve toujours un moyen et une bonne raison d’aller procrastiner sur internet), utiliser un logiciel de blocage d’internet pour un temps donné comme Freedom1, ou encore travailler directement dans des carnets.

L’avantage de la freewrite, c’est que je transfère mes textes directement dans un dossier (elle se comporte comme une clé USB) sur mon ordinateur - dans Obsidian - pour la suite du travail.

Cette machine me permet de « cracher » mon premier jet d’un trait. J’ai besoin d’avancer vite, de me raconter l’histoire à moi-même.

Ensuite, retour dans Obsidian pour les réécritures, puis commencent les révisions.

4. Boox tablette e-ink

J’ai besoin de changer la forme du document pour changer de casquette. Pour passer d’écrivain à correcteur et éditeur. J’avais l’habitude d’imprimer mes romans par petits bouts pour ce travail de correction. Mais transporter ces kilos de feuilles n’est pas pratique, et retranscrire ces corrections dans l’ordinateur non plus.

C’est là où une tablette est pratique : je peux annoter le PDF de mon projet et faire toutes les corrections que je souhaite, et retrouver ensuite ce travail sur l’ordinateur, en parallèle de mon texte dans Obsidian. C’est magique et très pratique.

Le choix d’une tablette e-ink « limitée » me permet d’alléger la fatigue visuelle ET de réduire fortement les distractions. Vous aurez compris la tendance, ici ; avec mon esprit vagabond, mes outils doivent m’aider à me concentrer.

D’autres outils entrent dans le processus. Leur utilisation peut varier en fonction des besoins.

5. Voice memo app

N’importe quelle application sur smartphone et qui permet d’enregistrer un mémo vocal fera l’affaire. Mon téléphone étant sous Graphene OS, j’utilise Enregistreur vocal, application open source par Fossify.

Pratique quand je ne peux pas utiliser mon carnet, ou encore lorsque les pensées vont tellement vite que je n’ai pas le temps de les noter. De retour sur mon ordi, j’utilise Vibe (une application FOSS de retranscription) qui les convertit en texte dont je peux alors disposer comme bon me semble (en général, ces notes terminent dans Obsidian).

6. Un outil de carte mentale

Les mindmaps, cartes heuristiques, cartes mentales (appelez-les comme bon vous semble) sont mon principal outil de réflexion quand je pense à la structure des projets que je construis. Franchement, il existe beaucoup d’applications de mindmap. Celles qui ont retenu mon attention sont Mindnode et XMind. J’utilise ce dernier depuis que ma machine principale est sous GNU/Linux ; même si c’est un outil propriétaire, je n’ai pas trouvé d’alternative FOSS2 élégante. Or, pour moi, la beauté et l’élégance de mes outils sont très importantes.

Souvent, ces cartes commencent dans l’un de mes carnets, mais je finis toujours par les importer/copier dans Xmind à cause de la fonction d’export en texte qui est vraiment intéressante. Je passe de la carte mentale à une liste à points en mode texte, sur laquelle je peux ensuite développer mon texte.

La leçon que j’en tire est celle-ci. Maintenant que j’ai une suite d’outils complémentaires qui me plaisent, sont multiplateformes et sont calibrés pour aider mon cerveau (qui a des tendances à papillonner), j’ai arrêté de chercher à améliorer mon processus par le biais des outils. Je ne dis pas que je ne changerai pas un jour ou un autre, mais j’ai placé la barre (virtuelle) plus haut pour qu’un nouvel outil vienne remplacer l’un de ceux de ma liste. Je crois que c’est ce qui me permet de me concentrer sur mes textes et sur l’écriture.

Mais vous le savez, j’adore quand même découvrir comment les autres s’organisent (oui, nous sommes tous des êtres complexes). Quels sont les outils qui vous permettent d’écrire ?


  1. Là aussi, je trouvais des raisons de retourner sur internet, à base de « Et si… » ; je me retrouvais sur mon smartphone juste pour vérifier et découvrais, vingt minutes plus tard (au mieux) que j’étais en train de scroller↩︎

  2. FOSS : Free and Open Source Software ↩︎

Zen est mon navigateur préféré - respectueux de la vie privée, rapide et moderne.

Zen est mon navigateur préféré - respectueux de la vie privée, rapide et moderne.

Après une longue danse des navigateurs, j’ai trouvé Zen Browser, un choix qui respecte mes critères: respect de la vie privée, bonne bibliothèque d’extensions et modernité et rapidité.

Jusqu’à l’année dernière, ma plateforme principale était Mac OS (ne jugez pas), un système que j’ai utilisé pendant presque 20 ans. Durant cette période, j’ai alterné entre pas mal de navigateurs. Chaque mise à jour de l’OS promettait une meilleure intégration de Safari avec des performances améliorées, alors je repassais sur le navigateur d’Apple. Souvent, cela ne durait que quelques semaines et je revenais dans le bal des indécis: Brave, Firefox, Safari, en passant par des logiciels moins mainstream comme Vivaldi ou Opéra.

Tout passe par le browser

Le choix d’un navigateur internet est vital. La plus grande partie de mon activité passe par cette fenêtre qui permet d’accéder au web. Pour les loisirs, les news, les outils en ligne. Pour communiquer, lire, se documenter pour mes livres. Pour le boulot alimentaire et pour tout ce qui est personnel.

Par le navigateur transitent aussi des données hautement personnelles: les liens avec la banque, l’assurance santé, les impôts, et, depuis la Loi de numérisation de l’État (je vis en Suisse), les salaires et les demandes de documents officiels.

Quand on prend en compte tout cela, ce qui passe par mon navigateur est vraiment très personnel ; alors je veux m’assurer que celui que j’utilise soit avant tout respectueux de ma vie privée, et sécurisé, mais aussi fonctionnel, simple et moderne, rapide.

Mieux que ça, mon navigateur doit être un allié contre l’emmerdification 1 du web, en me débarrassant des pubs intrusives, des pixels et cookies de suivi, des bandeaux envahissants. Chrome (et tous les navigateurs basés sur son moteur: Edge, Brave, Opera, Vivaldi…) censure maintenant les extensions qui permettent de se débarrasser de cette pollution.

J’ai donc mis au rebut ces options, alternant entre Safari et Firefox. Lors de mon passage sur un système libre dans le courant de 2023 (Linux est maintenant mon daily driver), ne me restait que Firefox, que je me suis mis à utiliser extensivement.

Le business de la surveillance

La tentation est grande de récupérer un maximum de données sur l’utilisateur d’un navigateur. Puisque tout transite par lui, il est trivial pour le créateur du logiciel d’insérer quelques portions de code informatique permettant de les collecter. Les données que vous générez à chaque clic, chaque page consultée, chaque bit d’information envoyé ou reçu permet de dresser un profil de vous. Ce modèle est tellement précis que certaines entreprises se targuent de pouvoir prédire avant vous votre grossesse, de deviner avant que vous n’ayez voté dans quel camp ira votre bulletin.

Ces données valent de l’or, et tout le monde[²] se les arrache.

Depuis juillet 2025 et la sortie de Manifest v3, les extensions qui permettaient de préserver la vie privée (bloqueurs de publicité et antitrackers) voient leurs capacités réduites ou anéanties.

Vous n’êtes pas protégé par le mode “navigation privée”

Et si vous pensiez que le mode navigation privée pouvait vous protéger, Google a été condamné en 2020, car il suivait l’activité des utilisateurs, même dans ce mode incognito.

Ce mode « privé » n’efface votre historique que localement. Google, lui, garde tout.

Firefox n’est plus une bonne alternative

Et si comme moi à l’époque, vous pensiez être à l’abri en utilisant un navigateur comme Safari sur macOS, Google contournait ses paramètres de confidentialité quand même.

Le navigateur choisit dans votre dos comment sont utilisées vos données: quels sites vous visitez, quels liens vous cliquez, etc.

Alors, j’ai choisi d’en utiliser un dont le code source est ouvert, comme Firefox.

Malheureusement Mozilla, qui crée Firefox, prend un virage dangereux en forçant des outils « IA » dans son navigateur, et a modifié ses conditions d’utilisation, lui permettant de s’octroyer des droits sur « toutes les données saisies ou téléchargées ».

Zen Browser : un navigateur respectueux de la vie privée

Le code de Mozilla Firefox est libre, ce qui veut dire qu’on peut le réutiliser en l’améliorant. En enlevant les « options » non désirées comme l’IA ou les traqueurs.

Certains projets se basent sur le moteur de Firefox (Gecko) pour développer des navigateurs respectueux des utilisateurs. C’est le cas de Floorp, LibreWolf, ou Zen Browser.

J’ai choisi Zen pour sa modernité et le dynamisme de développement dont fait preuve l’équipe. Et puis les responsables du projet ont désactivé les fonctionnalités IA par défaut et débattent de les retirer complètement du code.

Zen est un navigateur rapide et moderne, à l’interface propre et configurable. Il est basé sur Gecko, le code est ouvert. J’ai pu l’aménager selon mes goûts et il accepte toutes les extensions disponibles pour Firefox ; certaines sont devenues indispensables pour protéger ma vie privée. Des bloqueurs de publicité (EFF Privacy Badger, uBlock Origin), et un outil qui me permet de cloisonner ma navigation (Firefox Multiaccount Containers).

Le cloisonnement est très important dans mon utilisation: tout ce qui doit être sécurisé comme mes accès au portail de ma banque ou de mon assurance se passe dans un « conteneur » indépendant des autres ; les données ne peuvent se croiser entre ces conteneurs. J’en ai donc un pour la banque, un pour le shopping, un « personnel ». Et l’extension permet d’automatiser le processus, ce qui fait que si je clique sur un lien Amazon dans mon profil personnel, il s’ouvrira dans le conteneur adéquat (shopping), empêchant Amazon de collecter les données amassées dans mon profil personnel.

En résumé, je ne veux pas me laisser imposer le choix de mon navigateur par le vendeur de mon système d’exploitation. Edge chez Microsoft, Safari chez macOS sont des navigateurs à problèmes, et même s’ils sont (parfois) plus performants, je préfère concéder quelques millisecondes pour garder le contrôle de mes données.


  1. L’emmerdification (enshitification en anglais) est un terme inventé par Cory Doctorow ↩︎

Rendre Nos Livres Accessibles

Rendre Nos Livres Accessibles

Mars 2025. Le Salon du livre de Genève bat son plein, et je partage le stand du Gahelig (Groupe des Auteurs Helvétiques de Littérature de Genre) pour une heure et demie de dédicaces. Il y a beaucoup de monde et la fatigue commence à se faire ressentir en ce début du troisième après-midi.
Une jeune femme s’approche, elle attire mon attention, car, de toute évidence, elle est malvoyante. Je ne me souviens plus vraiment ce qui se passe dans ma tête, mais une des questions les plus probables est de savoir comment elle peut apprécier un tel événement si elle ne peut pas avoir accès aux livres.

Et c’est une très bonne question (merci de l’avoir posée).

Très vite, la glace est rompue, et après quelques échanges sur mes livres, Céline Witschard se présente et m’explique l’association Plein Accès, dont le but est de mettre à disposition des personnes en difficulté de lecture le maximum de livres.
Une fois qu’elle a récupéré un texte, Plein Accès se charge de le convertir en différents formats comme l’audio, l’e-book avec polices adaptées et de multiples autres formes, de manière à ce que ces personnes puissent lire l’ouvrage. Elle rend l’ouvrage accessible ensuite au travers du catalogue numérique Mona Lira
Du côté du lecteur, une petite cotisation (de l’ordre de 5 CHF) donne accès à tout le catalogue que propose l’association (on parle de magazines, de livres de non-fiction, d’œuvres de fiction, etc.). Et il ou elle peut choisir le format qui lui convient le mieux pour accéder au texte de la manière la plus adaptée à ses difficultés.

Je résume à la hache, ici (si vous me pardonnez cette expression). Si vous souhaitez en savoir plus, tournez-vous vers l’épisode 14, saison 2 de Duo de Plumes. Car après notre discussion avec Céline, Catherine et moi voulions en savoir plus, et surtout pouvoir présenter l’association à un maximum de personnes.
Car le nombre d’ouvrages disponible dans leur catalogue est encore trop réduit, notamment pour la littérature de genre.

J’ai donc mis à disposition de Plein Accès tous mes livres publiés jusqu’à aujourd’hui afin de contribuer au catalogue, et si vous êtes auteur, je vous encourage à prendre contact avec eux et à faire de même:


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Passer en Temps Evenement Pour Plus De Creativite

Passer en Temps Evenement Pour Plus De Creativite

Le psychologue et sociologue Robert Levine propose une appréhension intéressante du temps. Selon lui, il y a deux approches au temps: le « temps-horloge » et le « temps-événement ».

Certaines cultures travaillent avec le temps-horloge: les gens font les choses qu’ils ont à faire en fonction de l’heure qu’il est. Le déjeuner est à telle heure, la prochaine réunion à telle autre heure.
Les cultures qui ne fonctionnent pas sur une approche temps-horloge ont tendance à fonctionner sur un rapport temps-événement. Le déjeuner aura lieu quand on a faim, la réunion après le déjeuner. Elle durera jusqu’à ce que l’objectif soit atteint, et si on n’a pas faim d’ici là, on commencera alors la réunion suivante. De cette manière, les événements peuvent tout à fait être décalés dans le temps. C’est un modèle que les gens habitués à fonctionner avec l’autre approche (avec un rapport au temps - à l’heure - important) ont du mal à accepte.

Si l’on veut être efficient, l’approche temps-horloge est la meilleure.
Si l’on veut être efficace, l’approche temps-événement est la meilleure.

Pour tous les travaux créatifs, l’approche temps-événement est la plus adaptée. La créativité est différente de la pensée analytique (où l’approche temps-horloge est plus indiquée), elle demande une pensée par découvertes (c’est l’idée lumineuse qui apparait soudain, comme par magie) et l’approche temps-événement y est plus propice.
En plus, cette approche favorise la pensée positive, elle enlève ou élimine la sensation d’oppression temporelle créée par les environnements de travail en entreprise (par définition pressés par le temps pour respecter le calendrier de production).

La plupart des gens switchent entre les deux modes en fonction de la tâche à accomplir, sans s’en rendre compte.
Quand vous êtes devant quelque chose qui demande de la qualité et de la créativité, il faut passer à cette approche temps-événement.


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